18 mai | 2022
« Une refonte totale de notre façon de faire, selon M. Grammare, d’AAL Shipping »

Par Carly Fields
EXCLUSIVITÉ BREAKBULK EUROPE : Christophe Grammare, directeur général d'AAL Shipping, voit l'enthousiasme grandir à l'approche d'une « nouvelle ère » dans le secteur du transport maritime.
Ces deux dernières années, le maintien du statu quo a cédé la place à une transformation en profondeur : le secteur s'est orienté vers les carburants à faible teneur en soufre et la gestion des eaux de ballast, ouvrant la voie à une nouvelle priorité, à savoir la réduction des émissions de carbone des navires et la mise en place de nouveaux systèmes intelligents pour le contrôle portuaire.
Ancien ingénieur, M. Grammare estime que les comparaisons avec le passage décisif de la voile à la vapeur sont tout à fait pertinentes. « Le secteur est en pleine mutation. Le fait qu’un secteur aussi ancien connaisse autant de changements successifs témoigne clairement de l’avènement d’une nouvelle ère pour le transport maritime. »
En discutant avec Marchandises diverses Avant l'ouverture du salon Breakbulk Europe mardi au Rotterdam Ahoy, il a décrit ce changement comme « une réinvention de notre façon de faire ». « Il s'agit d'une nouvelle approche et d'une nouvelle façon de penser, par opposition à la méthode traditionnelle. »
Cette optimisme est toutefois tempéré par les perspectives actuelles du marché, M. Grammare admettant que sa plus grande préoccupation réside dans la tendance géopolitique actuelle qui voit les pays se fermer progressivement au commerce mondial. Il a souligné que les volumes d’acier échangés entre la Chine et les États-Unis sont en baisse depuis cinq ans, en raison du protectionnisme américain. Si un changement sur une seule voie commerciale reste gérable, la fermeture de plusieurs voies commerciales majeures serait une tout autre affaire. « Si ce que nous avons vu avec la Russie, qui s'est coupée du reste du monde, se produisait en Chine, ce serait extrêmement inquiétant. »
Il s'attend également à un rééquilibrage du marché du fret à court terme, la « réalité » se situant quelque part entre le creux prolongé des quinze dernières années et le pic actuel.
Gestion des risques
AAL Shipping atténue les risques liés au fret et à la situation géopolitique en réservant à l'avance sa flotte de navires polyvalents. Alors que les réservations à l'avance avaient complètement disparu lors de la crise du marché, les chargeurs sont désormais désireux de s'engager sur des tarifs élevés – mais pas aux sommets – afin de garantir leur tonnage pour une longue période.
M. Grammare a confirmé qu’AAL avait signé plusieurs contrats à terme pour ses nouveaux navires, dont la livraison est prévue en 2025. AAL a commandé six navires, qui viendront s’ajouter à sa flotte gérée comptant près de 30 unités. D’autres commandes de nouveaux navires ne sont pas à l’ordre du jour, bien que M. Grammare reconnaisse qu’une pénurie de capacité se profile. « AAL est assez prudente. Nous exploitons des liaisons long-courriers sur des routes spécifiques et les nouveaux navires actuellement en commande correspondent à ce modèle. Mais nous ne spéculons pas. » AAL continuera toutefois à investir dans du tonnage d'occasion si cela s'inscrit dans le cadre de ses capacités existantes.
AAL met également à profit les liquidités générées par la flambée actuelle des tarifs pour rembourser les dettes liées au financement de sa flotte, en prévision du prochain ralentissement. M. Grammare a reconnu que le marché pouvait encore évoluer très rapidement et que les transporteurs devaient se préparer à toutes les éventualités. « Une fermeture totale de la Chine serait par exemple catastrophique. De plus, le transport de marchandises diverses se situe à mi-chemin entre deux secteurs : les conteneurs et le vrac. Nous avons besoin que tous ces secteurs se portent bien », a-t-il déclaré.
Parallèlement, des investissements sont réalisés pour étudier les systèmes les plus récents et permettre à ces derniers de « communiquer entre eux ». « Nous voulons créer une harmonie et réduire le travail manuel », a-t-il déclaré. L'effectif d'AAL est également en cours d'augmentation, M. Grammare prévoyant une hausse de 10 % afin de répondre à l'augmentation de la capacité des navires.
« Nous avons fonctionné avec des effectifs réduits ces dix dernières années – nous n’avions pas le choix », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, nous misons sur la nouvelle génération, en recrutant des jeunes dès la fin de leurs études afin qu’ils puissent évoluer au sein de l’entreprise. » Il a toutefois admis qu’il était « difficile » de trouver du personnel et qu’une fois les recrues embauchées, il fallait encore relever le défi de les fidéliser.

















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